Notes de Prod. : Cendrillon au Far West

    en DVD le 08 Janvier 2013

Entretien avec Pascal Hérold

Pourquoi Cendrillon ?
Les histoires de princesse passionnent mes petites filles et j’ai découvert un livre relatant quelques cinq cents histoires de Cendrillon à travers le monde ; des histoires qui déclinent le mythe de Cendrillon au cours des siècles. Il était assez tentant d’en raconter une nouvelle, mais assez différente. D’autant que, enfant, j’avais pas mal tiqué sur le coup de la pantoufle de verre...

Après le Chef-d’œuvre de Disney, n’est-ce pas un peu ambitieux ?
J’ai un immense respect pour Walt Disney et l’une de mes références est bien sûr Le Livre De La Jungle. Mais Cendrillon n’est pas un personnage de Disney, ni un personnage de Charles Perrault ou des frères Grimm, c’est un mythe intemporel.

Pourquoi vous êtes-vous tellement écarté de l’histoire de Perrault reprise par Disney ?
Cette histoire de soulier de verre ne nous parlait pas du tout. C’est en fait une survivance d’un des premiers contes de Cendrillon d’origine chinoise et datant de près de 2 000 ans. Des pieds de fille dans une chaussure en verre trop petite, franchement, c’est pas de chez nous cette histoire là ! Nous avons préféré qu’elle perde une dent dans une bagarre, cela nous paraissait plus évident et pour tout dire plus rigolo. Quant à la transformation de Cendrillon en Princesse, l’idée des dindons magiques vient de la seule version de Cendrillon connue d’Amérique du nord. Dans ce conte qui s’intitule « la gardienne des dindons », l’héroïne est transformée en Princesse par ses dindons pour aller au bal. Elle ne reviendra pas à l’heure et cherchera ses dindons à tout jamais....

D’où vient l’idée de la transposition de votre histoire dans l’ouest américain ?
La première raison est la beauté du sud de l’Ouest américain, la deuxième était mon envie d’une musique mexicaine traditionnelle. Et puis, je ne trouvais pas gênant de m’inspirer du pays de Disney après tout ce que Monsieur Walt avait emprunté à la culture européenne...

Définissez-vous votre film comme un Western ?
Pas du tout. Un western, c’est toujours un drame, la plupart du temps un cas de conscience. Cendrillon Au Far West est un film d’aventures où le bien triomphe du mal. Felicity, la méchante belle-mère, mourra dans la tourmente. J’ai voulu retrouver cette dimension de la méchante punie par le sort. Nous sommes par là plus proches des frères Grimm que d’un monde bisounours. Mais heureusement, notre film est aussi traversé par deux histoires d’amour : entre Cendrillon et son Prince et entre le terrifiant Barbazul et la fragile grande Duchesse. Pour être honnête, je n’aime que les histoires d’amour.

La caractérisation des personnages n’est pas banale. Comment les avez-vous élaborés ?
C’est le fruit d’un travail d’équipe avec mes amis co-auteurs, les frères Apergis et Frédéric Le Bolloc’h. Nous aimions bien l’idée d’une Cendrillon au mauvais caractère et d’un Prince russe un peu à l’Ouest, sans jeu de mot. Mais dès le départ, un de mes collaborateurs avait insisté pour qu’il y ait des pirates, Cendrillon, c’était ok, mais avec pirates... Quant à la grande Duchesse russe, elle me rappelle les copines russes de ma grand-mère. Du fond de mes souvenirs, elles étaient vraiment bizarres.
Sur le design des personnages, notre directeur artistique Stéphane Daegelen, a été aidé par une amie qui a créé les costumes du film. Frédérique Vilacèque est dans le civil directrice de collection d’une grande maison de mode parisienne et elle adore l’art de vivre western...

Les femmes sont très présentes dans le film.
C’est exact. Il y a Cendrillon la bonne, Felicity la brute et Duchesse la cinglée... Les hommes font semblant de diriger les choses mais ce sont évidemment les femmes qui sont les patronnes. De ce point de vue, notre film me paraît très actuel. Le ressort profond de ce scénario est très certainement auto-biographique...

À propos de Felicity, la marâtre de Cendrillon, vous y êtes allés fort !
Oui, une énorme vulgarité des sentiments et de leur expression, magnifiquement servie par une Yolande Moreau incroyable. Mais vous noterez qu’il n’y a pas un seul gros mot. Tout est dans la comédie. une intention assumée.

Comment avez-vous Choisi l’interprète de Cendrillon ?
Cela a été simple car si chacun connaît la performance d’Alexandra Lamy dans Un Gars, Une Fille, j’avais adoré son travail tout en finesse dans Ricky de François Ozon. Et ma Cendrillon est une peste qui devient douce par amour. Alors…

Comment avez-vous choisi vos comédiens ?
Ils sont exceptionnels. et pour un dessin animé en images de synthèse créé en France, la voix et la personnalité du comédien sont capitales. Car chaque personnage est une création originale, pas un doublage d’un film américain. Pour Yolande Moreau et Isabelle Nanty, ce sont des comédiennes que j’aime. Elles sont merveilleuses. C’est tout. Pour le Prince, je cherchais à la fois la classe et la décontraction, Antoine De Caunes était une évidence. Quant à notre petit Chaman indien, je voulais un accent de terroir bien typé. Michel Boujenah n’a pas fait semblant... enfin le troisième homme, le chef des pirates, l’infâme Barbazul est formidablement interprété par Philippe Peythieu, la voix française d’Homer simpson depuis plus de vingt ans. Véronique Augereau, Audrey Lamy et Hervé Lassïnce complètent le plateau avec talent.

Avec de tels comédiens l’enregistrement a dû être un plaisir…
C’est le moins que l’on puisse dire ! Nous avons vraiment rigolé. Et puis les comédiens étaient libres, je veux dire très libres de leurs mouvements. Il n’y avait bien entendu pas de cadre imposé puisque nous n’enregistrions que les voix. Et le preneur de son ne les lâchait pas pendant l’enregistrement. C’était un vrai balai entre Jean Umanski et chaque comédien. Magnifique à entendre et à voir.

Comment définissez-vous le style de votre film ?
Pour notre deuxième film, nous avons encore suivi notre goût pour le baroque, la théâtralité et l’expressionnisme des personnages voire leur folie. Par là, nous nous sommes certainement écartés de la norme artistique et narrative imposée par les grands studios américains comme Pixar. J’assume cette différence et ce qui m’a vraiment réjoui est d’avoir été suivi par tous les artistes du studio dans cette exubérance qui se perçoit jusque dans la lumière du film.

Sur le plan technique, comment avez-vous réalisé votre animation ?
Nous avons utilisé une double technique : la « performance capture » ainsi que l’animation traditionnelle à la main. La « performance capture » est désormais bien connue avec avatar ou plus récemment Tintin. Cela consiste à faire travailler la gestuelle par des comédiens dont on enregistre les mouvements.
L’animation traditionnelle à la main a été employée pour les mains et les visages car cela nous a permis d’être beaucoup moins réaliste, plus décalés. J’ai adoré cette technique composite.

Comment justifiez-vous la version 3d relief?
Notre film est un film d’aventures. Il y a une attaque de train, des poursuites, un duel, un galion qui coule dans des sables mouvants... La 3D nous permet une immersion totale dans l’action car c’est une « vraie 3D native ». Ce n’est pas une arnaque de production. Sur le plan artistique, l’équipe du studio a très vite fait des tests en relief. Ils étaient enthousiastes et j’ai été vite conquis.

Comment avez-vous choisi cette musique très atypique pour un dessin animé ?
Faire appel à John Williams me paraissait un peu compliqué... et puis j’avais en tête les orchestrations magnifiques de « la horde sauvage » de Sam Peckinpah. Jusqu’au jour où, un dimanche, j’ai trouvé chez moi un CD du groupe Zaragraf. J’ai été les voir lors d’un concert. Un mélange d’une part de mélodies d’Europe centrale et d’autre part de musique espagnole. Cette synthèse m’a enchanté car elle me semblait très proche de la musique traditionnelle mexicaine. Avec les superbes orchestrations de cuivres de Bruno et Pepe, et les voix de Mira et Manu, nous étions bien quelque part du côté du Nouveau Mexique...

Les personnages

Cendrillon C’est notre héroïne, garçon manqué, un caractère de cochon mais un cœur d’or, positive, forte et joyeuse. Blessée sans jamais le montrer par l’attitude de ses sœurs. Bagarreuse, généreuse, et... amoureuse du Prince.
Au bal, sa transformation, convaincante, en princesse, a illuminé le regard du Prince...

Le Prince

C’est notre héros, aristocrate russe, cultivé, élégant et grand violoniste. Aventurier curieux dans un milieu hostile, il devra compter avec l’aide de Cendrillon pour retrouver sa mère retenue en otage dans le repaire de Barbazul... Mais comment reconnaîtra-t-il, sous les traits de Cendrillon, la belle princesse rencontrée au bal ?

La Grande Duchesse

Mère du prince, russe bien sûr, joueuse, et tricheuse impénitente, elle est l’incarnation de la flamboyance et de l’exubérance slave, pour tout dire, elle est cinglée...
Enlevée par Barbazul, elle ne renoncera pas aux prérogatives de son rang. Mieux ! elle s’emploiera à restaurer les règles vacillantes de l’étiquette à l’intérieur du camp des pirates, à un point tel que le paiement éventuel de sa rançon ne pèsera pas lourd face au sentiment de délivrance que représenterait son départ anticipé...

La Maratre

Belle mère de Cendrillon, méchante, bête, malveillante et jalouse. Elle tient la ville et ses commerces sous sa coupe. Marier l’une de ses filles au Prince, n’importe laquelle d’ailleurs, c’est atteindre le dernier niveau de l’ascenseur social, l’aboutissement de toute une vie. C'est la véritable méchante de notre histoire.

Jefe Barbazul, le pirate

C’est notre ogre, grand, fort et mégalomane. De son galion, échoué dans les sables mouvants d’un canyon introuvable, il terrorise toute la région en envoyant ses hommes, chevauchant des hordes de vautours géants. Sa cupidité insatiable le poussera à enlever la grande Duchesse, un geste qu’il regrettera amèrement face à l’attitude conquérante de cette dernière... Mais quelle belle femme, cette Duchesse !

Petite fumée

Chamane indien à la magie parfois chancelante, grand sage malicieux, mais d’une bienveillance totalement acquise à Cendrillon. Connaissant l’emplacement du camp des pirates, il sera le compagnon de route indispensable à nos deux héros partis à la recherche de la grande Duchesse.