Notes de production...
Chacun des films du Studio Ghibli est un événement et apporte quelque chose de neuf à l’univers unique, riche et fascinant qui se dessine de chef-d’œuvre en chef-d’œuvre. LA COLLINE AUX COQUELICOTS nous plonge dans les espoirs, les doutes et l’énergie de deux jeunes étudiants qui découvrent leur vie et le mystère de leurs familles. Le film associe des sentiments universels à une période de l’histoire japonaise très particulière. Cette fois, la magie de la vie que le Studio Ghibli sait nous faire partager comme personne surgit dans la réalité. Le film possède le parfum de l’espoir, le goût des premières fois et l’élan des passions que l’on ne doit jamais oublier...
PÈRE ET FILS, AU SERVICE D’UN MÊME ESPRIT
Maître incontesté du septième art, Hayao Miyazaki a écrit le scénario de La Colline Aux Coquelicots avant que son fils, Goro Miyazaki, ne se charge du développement et de la réalisation. Ces deux générations de créateurs ont apporté ce qu’elles ont de meilleur, alliant l’expérience à un regard nouveau. Toshio Suzuki, producteur, commente : « Hayao et Goro ont mis beaucoup d’eux-mêmes dans ce film, et le résultat allie ce qu’il y a de plus fort chez chacun. Goro a su apporter du réalisme au scénario de son père. Il a insufflé un rythme plus vif à l’histoire, donnant ainsi plus de relief aux sentiments qui semblent s’entrechoquer. Ce que vivent les deux jeunes héros, leurs doutes, leurs espoirs, va sans doute trouver un véritable écho chez les spectateurs. »
Le traitement du personnage de la jeune fille, Umi, traduit parfaitement l’esprit de cette complémentarité. Hayao Miyazaki a dessiné l’affiche du film. Il a représenté Umi avec un tablier rayé, mais elle n’est jamais habillée ainsi dans le film. Sur cette affiche, elle a l’aspect idéal d’un personnage presque irréel. À travers sa réalisation, l’approche de Goro Miyazaki est plus réaliste et il lui donne une apparence naturelle même si les sentiments de la jeune fille sont exceptionnellement forts. L’apport de Goro Miyazaki au jeune personnage masculin, Shun, se situe à un autre niveau. On le remarque notamment pendant le débat très animé entre élèves au sujet de l’avenir du vieux foyer chargé d’histoire. Le réalisateur fait dire au personnage : « Détruire l’ancien, c’est faire disparaître la mémoire du passé, c’est ignorer le souvenir de ceux qui ont vécu avant nous. » ; « Vous n’aurez pas d’avenir si vous reniez le passé ! » Ces répliques renforcent l’esprit dans lequel Goro Miyazaki a traité l’histoire. Pour lui, le futur naît du passé. À bien des égards, cette collaboration entre le père et le fils au sein du Studio Ghibli marque aussi un passage de relais de Hayao Miyazaki à Goro Miyazaki.
PARLER DE JEUNESSE À TOUTES LES GÉNÉRATIONS
LA COLLINE AUX COQUELICOTS est un film sur la jeunesse replacé dans un contexte historique qui trouve un fort écho de nos jours. En 1963, dix-huit ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Japon se relevait miraculeusement. En plein essor économique, les Jeux Olympiques de Tokyo, symbole de la renaissance, s’annonçaient. Les Japonais idolâtraient la nouveauté et détruisaient tout ce qui rappelait le passé. L’industrie et les inventions modernes étaient partout, modifiant le paysage et le mode de vie. Les villes grouillaient de monde. Le vacarme des travaux - démolition ou construction - était assourdissant. Malgré tout cela, la mer restait bleue, la nature entourait les cités, le ciel était immense et le monde rayonnait d’espoir. Umi et Shun ont vécu leur jeunesse à une époque où les Japonais voulaient - comme le dit une chanson du film - « marcher en regardant le ciel » malgré leur pauvreté.
Un des thèmes du film est le secret qui entoure la naissance d’Umi et de Shun, et pour le percer, les deux jeunes gens doivent remonter dans la jeunesse de leurs parents, pendant et après la guerre. Dans ce chaos, un couple adopte un enfant qui a perdu ses parents. Cela n’avait alors rien d’extraordinaire. Le film dépeint la jeunesse de ces personnages à une époque où les gens, face à la pression du monde, se montraient plus tolérants. Pendant la guerre, l’après-guerre, et pendant le boom économique, à travers la jeunesse de deux générations, se dessine le thème de l’histoire, qui s’écrit à travers les destins de ceux qui la vivent. Le film conduit aussi les spectateurs à s’interroger sur l’époque qu’ils sont en train de vivre.
DES LIEUX FACE À LEUR ÉPOQUE
La maison d’Umi et le lycée où elle étudie avec Shun sont situés sur une colline verdoyante qui domine la mer. Plus ils montent la route en pente, plus la vue s’ouvre sur le ciel et l’horizon. Il suffit d’imaginer ce décor pour se sentir heureux.
Hayao Miyazaki a créé deux bâtiments chargés d’histoire et de souvenirs qui sont essentiels à la narration et à l’ambiance du film. Le premier est la pension de famille, la Villa des Coquelicots, où habite Umi. À l’origine, c’était une clinique, mais à présent, la famille d’Umi y réside et loge des pensionnaires dont la jeune fille s’occupe. Au rez-de-chaussée se trouve une salle à manger où tous se réunissent pour prendre leurs repas. La grand-mère d’Umi habite dans une dépendance. Si la maison est ancienne, elle est soigneusement entretenue. Son jardin regorge de coquelicots. Au milieu d’un parterre, se dresse le mât sur lequel Umi hisse chaque jour les pavillons maritimes qui reflètent le message qu’elle envoie et ce qu’elle espère. L’autre lieu clé du récit est un bâtiment construit sur le modèle occidental et appelé le « Quartier Latin ». Il abrite les activités culturelles du lycée, mais son avenir est menacé. Il est question de le démolir. Bien que poussiéreux, c’est un refuge magnifique et les lycéens y sont très attachés. La scène où Umi et sa sœur Sora y pénètrent pour la première fois ressemble à celle où Alice découvre le pays des merveilles.
Si la Villa des Coquelicots est décrite comme un lieu dédié aux femmes, le Quartier Latin, lui, est présenté comme un royaume d’hommes. La pension n’est habitée que par des femmes - à part le frère d’Umi, Riku. Parmi les pensionnaires, on rencontre une interne en médecine, une étudiante aux Beaux-Arts et une secrétaire. Ce sont toutes des femmes indépendantes et pleines de vie, y compris Umi, qui se charge consciencieusement des tâches ménagères.
Dans un genre bien différent, le Quartier Latin abrite des clubs de lycéens qui pratiquent l’archéologie, l’astronomie, la philosophie, la chimie, la radio amateur, la poésie moderne, l’éloquence, les mathématiques, ou qui écrivent le journal du lycée. Ce sont des garçons originaux et gentils, passionnés par ce qu’ils font. L’ambiance y est bohème et le ménage fait très aléatoirement par des garçons... Les deux lieux ont en commun d’abriter des gens attachants.
Le film a également pour décor la ville de Yokohama et son port. La Villa des Coquelicots se trouve aux environs du musée de littérature moderne de Kanagawa. Dans le film, on entrevoit le parc Yamashita, le New Grand Hotel, la tour Marine Tower, le bateau Hikawa-Maru et la gare de Sakuragicho.
DES RÉFÉRENCES POUR UNE VÉRITÉ DES SENTIMENTS
En 1963, Goro Miyazaki n’était pas né. Pour se plonger dans l’esprit de l’époque, il s’est donc inspiré des films sur la jeunesse produits par la Nikkatsu, la célèbre société de production japonaise créée en 1912 qui, pendant plus de six décennies, a su créer des œuvres atypiques tout en étant le témoin des époques traversées. Parmi ces films, citons BOUTON ROUGE ET FLEUR BLANCHE (1962), LA CHAÎNE DES MONTAGNES BLEUES (1963), DISPARU SOUS LA PLUIE (1963) et LE MAGNIFIQUE CALENDRIER (1963), dans lesquels Sayuri Yoshinaga tient à chaque fois le rôle principal. Les personnages se parlent franchement, rapidement, exprimant leurs sentiments sans hésitation. Cette façon de parler, de communiquer, a inspiré Goro Miyazaki pour LA COLLINE AUX COQUELICOTS où Umi, Shun et les autres protagonistes s’expriment tous de façon directe, sans arrière-pensée, ne fuyant jamais leurs sentiments même lorsqu’ils sont négatifs. En ce sens, l’histoire, comme un exemple, peut donner le courage de dire simplement les choses que l’on ressent. C’est un bon moyen de retrouver la vérité des rapports humains et le bonheur qu’ils engendrent.
LES VOIX JAPONAISES
Masami Nagasawa prête sa voix à Umi, l’héroïne de 16 ans. Il s’agit de sa première participation à un long métrage d’animation. Junichi Okada prête la sienne à Shun, le garçon de 17 ans. Il avait déjà travaillé sur LES CONTES DE TERREMER, le premier film de Goro Miyazaki. Lors de l’enregistrement, pour les aider, le producteur Toshio Suzuki leur a donné quelques clés leur permettant de bien cerner leurs personnages : Umi est directe, Shun est maladroit. Suivant ces directives, Masami Nagasawa a joué le rôle d’une jeune fille forte qui ne cherche pas à séduire, et Junichi Okada a fait de Shun un garçon gentil, bien que très décidé et téméraire. Autour d’eux, nous retrouvons de nombreux habitués des films Ghibli, comme Keiko Takeshita, Yuriko Ishida, Rumi Hiiragi, Jun Fubuki, Takashi Naito et Teruyuki Kagawa. Il s’agissait toutefois de la première collaboration de Shunsuke Kazama et Nao Omori. Aoi Teshima, qui chante le thème principal du film, prête sa voix à Yuko, une camarade de classe d’Umi. Fujimaki - du duo Fujioka et Fujimaki qui chantait le thème principal de PONYO SUR LA FALAISE - prête - sa voix au réceptionniste dans le hall de l’immeuble à Tokyo. Goro Miyazaki double le professeur d’histoire...
LA MUSIQUE COMME UN SENTIMENT
La musique et les chansons sont omniprésentes tout au long du film. On entend plusieurs chansons : « L’Été des adieux » - dans une version adaptée pour le film, « Marchons en regardant le ciel », « La chanson du petit-déjeuner », « Lorsque naît le premier amour », « Lorsque la fleur blanche s’épanouit », « Des vagues d’un bleu profond », « La Vallée de la rivière rouge ». La musique aux accents jazz et pop est signée Satoshi Takebe. Pour le thème principal, Goro Miyazaki a eu l’idée de choisir Aoi Teshima pour chanter « L’Été des adieux ». Le réalisateur a fait appel à la parolière Yukiko Marimura, qui a changé les paroles du deuxième couplet pour mieux l’adapter au film, ce qui a donné naissance à la version que l’on entend. La chanson « Marchons en regardant le ciel », chantée par Kyu Sakamoto, a connu un succès mondial à l’époque où se déroule l’histoire du film. Sortie au Japon en 1961 et aux états-Unis en 1963 sous le titre « Sukiyaki », elle a été première au hit-parade et s’est vendue à plus de 10 millions d’exemplaires, un chiffre colossal. Le film comporte une scène où cette chanson passe à la télévision, sur une idée du producteur, Toshio Suzuki, qui était adolescent autour de 1963. On l’entend à deux reprises, ce qui n’était jamais arrivé dans un film Ghibli. Pour son cinquantième anniversaire, cette chanson revit à travers ce film.
Le producteur Toshio Suzuki confie : « Dans les chansons de Kyu Sakamoto, le mot « amour » n’apparaît presque jamais. Les paroles évoquent les tourments ou les blessures que ressentent tous les adolescents. Et même s’il parle d’amour, il s’agit toujours de sentiments sans retour. Dans « Zuntatatta de Kyu », il nous donne une leçon d’amour. La fille dont il est amoureux habite une maison blanche en haut d’une colline. Elle a 17 ans. Il sait que chaque jour à la même heure, elle promène son chien, donc il décide d’adopter lui aussi un chien. Ils se saluent régulièrement et un jour, désespérément, il lui ouvre son cœur. Elle lui avoue alors qu’elle est aussi amoureuse de lui. Cette chanson réchauffe le cœur. » Le producteur ajoute : « À l’époque, j’étais collégien. Par chance, nous avions à la maison un chien nommé Bell et je me suis empressé de tester cette méthode. Évidemment, les choses ne se sont pas passées aussi bien que dans la chanson. Par la suite, Kyu en a écrit une autre. Il s’agissait de « Marchons en regardant le ciel ». Je suis devenu un de ses fans et j’ai commencé à l’imiter : sa façon originale de chanter, son accent... J’ai acheté ses 45 tours avec le peu d’argent de poche que j’avais et j’ai appris ses chansons par cœur, en les écoutant encore et encore, jusqu’à ce que les disques s’usent. Lorsque je revois mes amis du collège, même encore maintenant, nous évoquons ce chanteur. Nous nous sommes rendus compte qu’à cette époque, nous chantions souvent ses chansons. Il m’arrive encore de les interpréter à voix haute, tout seul, au volant de ma voiture.
« Avec le recul, je comprends parfaitement pourquoi j’étais fan de Kyu Sakamoto. Il nous a donné du courage. Lorsque je pense à cette époque, je réalise que nous étouffions dans une société qui contrôlait tous nos faits et gestes. On empêchait les enfants d’être indépendants, ils étaient surprotégés, ce qui a créé des névroses. L’ère actuelle s’annonçait.
« En 1963, au moment des Jeux Olympiques de Tokyo, Kyu a changé de coiffure et a orienté son registre vers des chansons moralisatrices. J’en ai été très triste. Nous aurions voulu qu’il continue à chanter des chansons destinées aux adolescents. J’aimais beaucoup Kyu Sakamoto et ses chansons me sont encore précieuses. Dans le chaos de l’après-guerre, la culture américaine déferlait à travers la télévision. Je n’écoutais que des chanteurs pop américains sans même m’en rendre compte. Les Japonais chantaient des chansons d’amour qui sonnaient faux. Cela ne nous intéressait pas. Nous n’aimions pas non plus les tubes américains chantés par les jeunes chanteurs japonais. Kyu Sakamoto a alors sorti la chanson « Marchons en regardant le ciel ». Quand nous avons su que cette chanson avait été écrite par des Japonais, nous en avons été très fiers. Ensuite, lorsqu’elle a été classée en tête du hit-parade aux États-Unis, nous étions fous de joie. C’était en 1963. »
« La Chanson du petit-déjeuner » et « Lorsque naît le premier amour » sont interprétées par Aoi Teshima, avec des paroles écrites par Goro Miyazaki et Hiroko Taniyama. Cette dernière a aussi composé la musique et les arrangements sont de Satoshi Takebe. « Des vagues d’un bleu profond » est un chant choral auquel participe Aoi Teshima, inspiré du poème de Kenji Miyazawa « To my students ». Le premier couplet a été écrit par Hayao Miyazaki et le second par Goro. « La Vallée de la rivière rouge » est une chanson que Hayao chantait avec la chorale de son lycée. Goro en a écrit une nouvelle adaptation. Le début de la chanson « Lorsque la fleur blanche s’épanouit » est chanté par Shunsuke Kazama, qui double Mizunuma. La musique de Satoshi Takebe joue également un rôle important. Elle rend le film joyeux et crée une ambiance pleine d’espoir. Goro a eu l’idée d’accompagner les scènes graves de musique légère, leur apportant ainsi un second degré qui permet aux spectateurs de les vivre avec recul. Satoshi Takebe explique : « J’ai souhaité composer une musique qui ressemble à celle que l’on entend dans les classes de musique des écoles, avec de l’énergie et des influences jazz. Je ne voulais pas d’orchestration grandiose, ni de musique paraissant être interprétée par des professionnels. Pour ce film, il fallait une musique fraîche, comme jouée par le club du lycée. J’ai conçu une bande originale avec des instruments de musique que l’on peut trouver dans les classes de musique, principalement le piano, l’harmonium, le mélodica, par exemple. »
Le compositeur ajoute : « Le film se déroule à Yokohama en 1963. À cette époque, j’étais écolier. Nous manquions de tout mais nous avions beaucoup de rêves. Le réalisateur, Goro Miyazaki, n’était pas né mais il a essayé d’en retranscrire l’ambiance. L’atmosphère était très différente de celle d’aujourd’hui, en termes de vitesse et de sensations. Les gens étaient tournés vers l’avenir, avec un côté nostalgique. C’est la première fois que je travaille pour un film d’animation. Je suis extrêmement heureux qu’il s’agisse d’un film produit par Ghibli. J’aime beaucoup leurs œuvres et je les ai même vues plusieurs fois chacune. Je suis toujours étonné et touché par les messages que contiennent leurs films. En travaillant sur celui-ci, je me suis rendu compte que l’animation m’inspire plus que les films classiques et que mon travail peut vraiment orienter la perception que l’on peut en avoir. C’est à la fois passionnant et un peu effrayant ! »
UN TABLEAU COMME UN HORIZON
Sachiko Hirokoji, une des pensionnaires de la Villa des Coquelicots, est étudiante aux Beaux-Arts. Elle habite la pension de famille d’où la vue est magnifique, ce qui lui permet de peindre des vues saisissantes de la mer au lever du soleil. Elle sait qu’un remorqueur passe tous les matins en répondant aux pavillons U et W hissés par Umi. Au milieu du film, de sa chambre, au lever du soleil, elle le cherche des yeux avec Umi. Le tableau de Sachiko Hirokoji s’inspire de « La ville qui monte » d’Umberto Boccioni (1882-1916), peintre et sculpteur italien. C’est une idée de Hayao Miyazaki.
SUBLIMER LE QUOTIDIEN
Dans les films du studio Ghibli, il est de tradition de présenter beaucoup de moments quotidiens - repas, ménage - mais d’une façon inattendue et souvent poétique. La Colline Aux Coquelicots ne fait pas exception à la règle et offre de très jolis moments de repas ou de préparation qui en disent long sur les personnages et leurs valeurs. Le riz bien chaud et les œufs au plat du petit-déjeuner, le bento du déjeuner d’Umi, les croquettes chaudes vendues par le boucher et le chinchard frit du dîner. Autant d’éléments qui nous donnent la surprenante impression d’être aux côtés des personnages. Lorsque les filles débarquent pour faire le ménage au Quartier Latin, repaire poussiéreux des garçons, tous et toutes se mettent à nettoyer ensemble, dépoussiérant ce bâtiment chargé d’histoire. C’est un des moments réjouissants du film.
PÈRE ET FILS, AU SERVICE D’UN MÊME ESPRIT
Maître incontesté du septième art, Hayao Miyazaki a écrit le scénario de La Colline Aux Coquelicots avant que son fils, Goro Miyazaki, ne se charge du développement et de la réalisation. Ces deux générations de créateurs ont apporté ce qu’elles ont de meilleur, alliant l’expérience à un regard nouveau. Toshio Suzuki, producteur, commente : « Hayao et Goro ont mis beaucoup d’eux-mêmes dans ce film, et le résultat allie ce qu’il y a de plus fort chez chacun. Goro a su apporter du réalisme au scénario de son père. Il a insufflé un rythme plus vif à l’histoire, donnant ainsi plus de relief aux sentiments qui semblent s’entrechoquer. Ce que vivent les deux jeunes héros, leurs doutes, leurs espoirs, va sans doute trouver un véritable écho chez les spectateurs. »
Le traitement du personnage de la jeune fille, Umi, traduit parfaitement l’esprit de cette complémentarité. Hayao Miyazaki a dessiné l’affiche du film. Il a représenté Umi avec un tablier rayé, mais elle n’est jamais habillée ainsi dans le film. Sur cette affiche, elle a l’aspect idéal d’un personnage presque irréel. À travers sa réalisation, l’approche de Goro Miyazaki est plus réaliste et il lui donne une apparence naturelle même si les sentiments de la jeune fille sont exceptionnellement forts. L’apport de Goro Miyazaki au jeune personnage masculin, Shun, se situe à un autre niveau. On le remarque notamment pendant le débat très animé entre élèves au sujet de l’avenir du vieux foyer chargé d’histoire. Le réalisateur fait dire au personnage : « Détruire l’ancien, c’est faire disparaître la mémoire du passé, c’est ignorer le souvenir de ceux qui ont vécu avant nous. » ; « Vous n’aurez pas d’avenir si vous reniez le passé ! » Ces répliques renforcent l’esprit dans lequel Goro Miyazaki a traité l’histoire. Pour lui, le futur naît du passé. À bien des égards, cette collaboration entre le père et le fils au sein du Studio Ghibli marque aussi un passage de relais de Hayao Miyazaki à Goro Miyazaki.
PARLER DE JEUNESSE À TOUTES LES GÉNÉRATIONS
LA COLLINE AUX COQUELICOTS est un film sur la jeunesse replacé dans un contexte historique qui trouve un fort écho de nos jours. En 1963, dix-huit ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Japon se relevait miraculeusement. En plein essor économique, les Jeux Olympiques de Tokyo, symbole de la renaissance, s’annonçaient. Les Japonais idolâtraient la nouveauté et détruisaient tout ce qui rappelait le passé. L’industrie et les inventions modernes étaient partout, modifiant le paysage et le mode de vie. Les villes grouillaient de monde. Le vacarme des travaux - démolition ou construction - était assourdissant. Malgré tout cela, la mer restait bleue, la nature entourait les cités, le ciel était immense et le monde rayonnait d’espoir. Umi et Shun ont vécu leur jeunesse à une époque où les Japonais voulaient - comme le dit une chanson du film - « marcher en regardant le ciel » malgré leur pauvreté.
Un des thèmes du film est le secret qui entoure la naissance d’Umi et de Shun, et pour le percer, les deux jeunes gens doivent remonter dans la jeunesse de leurs parents, pendant et après la guerre. Dans ce chaos, un couple adopte un enfant qui a perdu ses parents. Cela n’avait alors rien d’extraordinaire. Le film dépeint la jeunesse de ces personnages à une époque où les gens, face à la pression du monde, se montraient plus tolérants. Pendant la guerre, l’après-guerre, et pendant le boom économique, à travers la jeunesse de deux générations, se dessine le thème de l’histoire, qui s’écrit à travers les destins de ceux qui la vivent. Le film conduit aussi les spectateurs à s’interroger sur l’époque qu’ils sont en train de vivre.
DES LIEUX FACE À LEUR ÉPOQUE
La maison d’Umi et le lycée où elle étudie avec Shun sont situés sur une colline verdoyante qui domine la mer. Plus ils montent la route en pente, plus la vue s’ouvre sur le ciel et l’horizon. Il suffit d’imaginer ce décor pour se sentir heureux.
Hayao Miyazaki a créé deux bâtiments chargés d’histoire et de souvenirs qui sont essentiels à la narration et à l’ambiance du film. Le premier est la pension de famille, la Villa des Coquelicots, où habite Umi. À l’origine, c’était une clinique, mais à présent, la famille d’Umi y réside et loge des pensionnaires dont la jeune fille s’occupe. Au rez-de-chaussée se trouve une salle à manger où tous se réunissent pour prendre leurs repas. La grand-mère d’Umi habite dans une dépendance. Si la maison est ancienne, elle est soigneusement entretenue. Son jardin regorge de coquelicots. Au milieu d’un parterre, se dresse le mât sur lequel Umi hisse chaque jour les pavillons maritimes qui reflètent le message qu’elle envoie et ce qu’elle espère. L’autre lieu clé du récit est un bâtiment construit sur le modèle occidental et appelé le « Quartier Latin ». Il abrite les activités culturelles du lycée, mais son avenir est menacé. Il est question de le démolir. Bien que poussiéreux, c’est un refuge magnifique et les lycéens y sont très attachés. La scène où Umi et sa sœur Sora y pénètrent pour la première fois ressemble à celle où Alice découvre le pays des merveilles.
Si la Villa des Coquelicots est décrite comme un lieu dédié aux femmes, le Quartier Latin, lui, est présenté comme un royaume d’hommes. La pension n’est habitée que par des femmes - à part le frère d’Umi, Riku. Parmi les pensionnaires, on rencontre une interne en médecine, une étudiante aux Beaux-Arts et une secrétaire. Ce sont toutes des femmes indépendantes et pleines de vie, y compris Umi, qui se charge consciencieusement des tâches ménagères.
Dans un genre bien différent, le Quartier Latin abrite des clubs de lycéens qui pratiquent l’archéologie, l’astronomie, la philosophie, la chimie, la radio amateur, la poésie moderne, l’éloquence, les mathématiques, ou qui écrivent le journal du lycée. Ce sont des garçons originaux et gentils, passionnés par ce qu’ils font. L’ambiance y est bohème et le ménage fait très aléatoirement par des garçons... Les deux lieux ont en commun d’abriter des gens attachants.
Le film a également pour décor la ville de Yokohama et son port. La Villa des Coquelicots se trouve aux environs du musée de littérature moderne de Kanagawa. Dans le film, on entrevoit le parc Yamashita, le New Grand Hotel, la tour Marine Tower, le bateau Hikawa-Maru et la gare de Sakuragicho.
DES RÉFÉRENCES POUR UNE VÉRITÉ DES SENTIMENTS
En 1963, Goro Miyazaki n’était pas né. Pour se plonger dans l’esprit de l’époque, il s’est donc inspiré des films sur la jeunesse produits par la Nikkatsu, la célèbre société de production japonaise créée en 1912 qui, pendant plus de six décennies, a su créer des œuvres atypiques tout en étant le témoin des époques traversées. Parmi ces films, citons BOUTON ROUGE ET FLEUR BLANCHE (1962), LA CHAÎNE DES MONTAGNES BLEUES (1963), DISPARU SOUS LA PLUIE (1963) et LE MAGNIFIQUE CALENDRIER (1963), dans lesquels Sayuri Yoshinaga tient à chaque fois le rôle principal. Les personnages se parlent franchement, rapidement, exprimant leurs sentiments sans hésitation. Cette façon de parler, de communiquer, a inspiré Goro Miyazaki pour LA COLLINE AUX COQUELICOTS où Umi, Shun et les autres protagonistes s’expriment tous de façon directe, sans arrière-pensée, ne fuyant jamais leurs sentiments même lorsqu’ils sont négatifs. En ce sens, l’histoire, comme un exemple, peut donner le courage de dire simplement les choses que l’on ressent. C’est un bon moyen de retrouver la vérité des rapports humains et le bonheur qu’ils engendrent.
LES VOIX JAPONAISES
Masami Nagasawa prête sa voix à Umi, l’héroïne de 16 ans. Il s’agit de sa première participation à un long métrage d’animation. Junichi Okada prête la sienne à Shun, le garçon de 17 ans. Il avait déjà travaillé sur LES CONTES DE TERREMER, le premier film de Goro Miyazaki. Lors de l’enregistrement, pour les aider, le producteur Toshio Suzuki leur a donné quelques clés leur permettant de bien cerner leurs personnages : Umi est directe, Shun est maladroit. Suivant ces directives, Masami Nagasawa a joué le rôle d’une jeune fille forte qui ne cherche pas à séduire, et Junichi Okada a fait de Shun un garçon gentil, bien que très décidé et téméraire. Autour d’eux, nous retrouvons de nombreux habitués des films Ghibli, comme Keiko Takeshita, Yuriko Ishida, Rumi Hiiragi, Jun Fubuki, Takashi Naito et Teruyuki Kagawa. Il s’agissait toutefois de la première collaboration de Shunsuke Kazama et Nao Omori. Aoi Teshima, qui chante le thème principal du film, prête sa voix à Yuko, une camarade de classe d’Umi. Fujimaki - du duo Fujioka et Fujimaki qui chantait le thème principal de PONYO SUR LA FALAISE - prête - sa voix au réceptionniste dans le hall de l’immeuble à Tokyo. Goro Miyazaki double le professeur d’histoire...
LA MUSIQUE COMME UN SENTIMENT
La musique et les chansons sont omniprésentes tout au long du film. On entend plusieurs chansons : « L’Été des adieux » - dans une version adaptée pour le film, « Marchons en regardant le ciel », « La chanson du petit-déjeuner », « Lorsque naît le premier amour », « Lorsque la fleur blanche s’épanouit », « Des vagues d’un bleu profond », « La Vallée de la rivière rouge ». La musique aux accents jazz et pop est signée Satoshi Takebe. Pour le thème principal, Goro Miyazaki a eu l’idée de choisir Aoi Teshima pour chanter « L’Été des adieux ». Le réalisateur a fait appel à la parolière Yukiko Marimura, qui a changé les paroles du deuxième couplet pour mieux l’adapter au film, ce qui a donné naissance à la version que l’on entend. La chanson « Marchons en regardant le ciel », chantée par Kyu Sakamoto, a connu un succès mondial à l’époque où se déroule l’histoire du film. Sortie au Japon en 1961 et aux états-Unis en 1963 sous le titre « Sukiyaki », elle a été première au hit-parade et s’est vendue à plus de 10 millions d’exemplaires, un chiffre colossal. Le film comporte une scène où cette chanson passe à la télévision, sur une idée du producteur, Toshio Suzuki, qui était adolescent autour de 1963. On l’entend à deux reprises, ce qui n’était jamais arrivé dans un film Ghibli. Pour son cinquantième anniversaire, cette chanson revit à travers ce film.
Le producteur Toshio Suzuki confie : « Dans les chansons de Kyu Sakamoto, le mot « amour » n’apparaît presque jamais. Les paroles évoquent les tourments ou les blessures que ressentent tous les adolescents. Et même s’il parle d’amour, il s’agit toujours de sentiments sans retour. Dans « Zuntatatta de Kyu », il nous donne une leçon d’amour. La fille dont il est amoureux habite une maison blanche en haut d’une colline. Elle a 17 ans. Il sait que chaque jour à la même heure, elle promène son chien, donc il décide d’adopter lui aussi un chien. Ils se saluent régulièrement et un jour, désespérément, il lui ouvre son cœur. Elle lui avoue alors qu’elle est aussi amoureuse de lui. Cette chanson réchauffe le cœur. » Le producteur ajoute : « À l’époque, j’étais collégien. Par chance, nous avions à la maison un chien nommé Bell et je me suis empressé de tester cette méthode. Évidemment, les choses ne se sont pas passées aussi bien que dans la chanson. Par la suite, Kyu en a écrit une autre. Il s’agissait de « Marchons en regardant le ciel ». Je suis devenu un de ses fans et j’ai commencé à l’imiter : sa façon originale de chanter, son accent... J’ai acheté ses 45 tours avec le peu d’argent de poche que j’avais et j’ai appris ses chansons par cœur, en les écoutant encore et encore, jusqu’à ce que les disques s’usent. Lorsque je revois mes amis du collège, même encore maintenant, nous évoquons ce chanteur. Nous nous sommes rendus compte qu’à cette époque, nous chantions souvent ses chansons. Il m’arrive encore de les interpréter à voix haute, tout seul, au volant de ma voiture.
« Avec le recul, je comprends parfaitement pourquoi j’étais fan de Kyu Sakamoto. Il nous a donné du courage. Lorsque je pense à cette époque, je réalise que nous étouffions dans une société qui contrôlait tous nos faits et gestes. On empêchait les enfants d’être indépendants, ils étaient surprotégés, ce qui a créé des névroses. L’ère actuelle s’annonçait.
« En 1963, au moment des Jeux Olympiques de Tokyo, Kyu a changé de coiffure et a orienté son registre vers des chansons moralisatrices. J’en ai été très triste. Nous aurions voulu qu’il continue à chanter des chansons destinées aux adolescents. J’aimais beaucoup Kyu Sakamoto et ses chansons me sont encore précieuses. Dans le chaos de l’après-guerre, la culture américaine déferlait à travers la télévision. Je n’écoutais que des chanteurs pop américains sans même m’en rendre compte. Les Japonais chantaient des chansons d’amour qui sonnaient faux. Cela ne nous intéressait pas. Nous n’aimions pas non plus les tubes américains chantés par les jeunes chanteurs japonais. Kyu Sakamoto a alors sorti la chanson « Marchons en regardant le ciel ». Quand nous avons su que cette chanson avait été écrite par des Japonais, nous en avons été très fiers. Ensuite, lorsqu’elle a été classée en tête du hit-parade aux États-Unis, nous étions fous de joie. C’était en 1963. »
« La Chanson du petit-déjeuner » et « Lorsque naît le premier amour » sont interprétées par Aoi Teshima, avec des paroles écrites par Goro Miyazaki et Hiroko Taniyama. Cette dernière a aussi composé la musique et les arrangements sont de Satoshi Takebe. « Des vagues d’un bleu profond » est un chant choral auquel participe Aoi Teshima, inspiré du poème de Kenji Miyazawa « To my students ». Le premier couplet a été écrit par Hayao Miyazaki et le second par Goro. « La Vallée de la rivière rouge » est une chanson que Hayao chantait avec la chorale de son lycée. Goro en a écrit une nouvelle adaptation. Le début de la chanson « Lorsque la fleur blanche s’épanouit » est chanté par Shunsuke Kazama, qui double Mizunuma. La musique de Satoshi Takebe joue également un rôle important. Elle rend le film joyeux et crée une ambiance pleine d’espoir. Goro a eu l’idée d’accompagner les scènes graves de musique légère, leur apportant ainsi un second degré qui permet aux spectateurs de les vivre avec recul. Satoshi Takebe explique : « J’ai souhaité composer une musique qui ressemble à celle que l’on entend dans les classes de musique des écoles, avec de l’énergie et des influences jazz. Je ne voulais pas d’orchestration grandiose, ni de musique paraissant être interprétée par des professionnels. Pour ce film, il fallait une musique fraîche, comme jouée par le club du lycée. J’ai conçu une bande originale avec des instruments de musique que l’on peut trouver dans les classes de musique, principalement le piano, l’harmonium, le mélodica, par exemple. »
Le compositeur ajoute : « Le film se déroule à Yokohama en 1963. À cette époque, j’étais écolier. Nous manquions de tout mais nous avions beaucoup de rêves. Le réalisateur, Goro Miyazaki, n’était pas né mais il a essayé d’en retranscrire l’ambiance. L’atmosphère était très différente de celle d’aujourd’hui, en termes de vitesse et de sensations. Les gens étaient tournés vers l’avenir, avec un côté nostalgique. C’est la première fois que je travaille pour un film d’animation. Je suis extrêmement heureux qu’il s’agisse d’un film produit par Ghibli. J’aime beaucoup leurs œuvres et je les ai même vues plusieurs fois chacune. Je suis toujours étonné et touché par les messages que contiennent leurs films. En travaillant sur celui-ci, je me suis rendu compte que l’animation m’inspire plus que les films classiques et que mon travail peut vraiment orienter la perception que l’on peut en avoir. C’est à la fois passionnant et un peu effrayant ! »
UN TABLEAU COMME UN HORIZON
Sachiko Hirokoji, une des pensionnaires de la Villa des Coquelicots, est étudiante aux Beaux-Arts. Elle habite la pension de famille d’où la vue est magnifique, ce qui lui permet de peindre des vues saisissantes de la mer au lever du soleil. Elle sait qu’un remorqueur passe tous les matins en répondant aux pavillons U et W hissés par Umi. Au milieu du film, de sa chambre, au lever du soleil, elle le cherche des yeux avec Umi. Le tableau de Sachiko Hirokoji s’inspire de « La ville qui monte » d’Umberto Boccioni (1882-1916), peintre et sculpteur italien. C’est une idée de Hayao Miyazaki.
SUBLIMER LE QUOTIDIEN
Dans les films du studio Ghibli, il est de tradition de présenter beaucoup de moments quotidiens - repas, ménage - mais d’une façon inattendue et souvent poétique. La Colline Aux Coquelicots ne fait pas exception à la règle et offre de très jolis moments de repas ou de préparation qui en disent long sur les personnages et leurs valeurs. Le riz bien chaud et les œufs au plat du petit-déjeuner, le bento du déjeuner d’Umi, les croquettes chaudes vendues par le boucher et le chinchard frit du dîner. Autant d’éléments qui nous donnent la surprenante impression d’être aux côtés des personnages. Lorsque les filles débarquent pour faire le ménage au Quartier Latin, repaire poussiéreux des garçons, tous et toutes se mettent à nettoyer ensemble, dépoussiérant ce bâtiment chargé d’histoire. C’est un des moments réjouissants du film.
Note d'intention de Goro Miyazaki, réalisateur
« J’ai découvert l’histoire de LA COLLINE AUX COQUELICOTS voilà trente ans. À l’époque, j’étais collégien, et depuis ma plus tendre enfance, nous passions tous nos étés dans le chalet de mon grand-père. Sur place, il n’y avait qu’une vieille télévision noir et blanc qui fonctionnait très mal et cette année-là, j’avais emporté trop peu de livres. Ma petite cousine avait apporté le magazine Nakayoshi (« L’amitié ») dans lequel se trouvait la bande dessinée de « La Colline aux Coquelicots ».
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Le Japon des années 60
Le 2 septembre 1945, après des années de guerres offensives brutalement stoppées par le premier bombardement nucléaire de l’histoire de l’humanité, le Japon signe sa reddition sur le pont du cuirassé américain Missouri, dans la baie de Tokyo. Le 10 octobre 1964, moins de vingt ans plus tard, le même pays accueille les Jeux Olympiques d’été dans la même ville et effectue un retour spectaculaire sur le devant de la scène internationale. Les années qui suivront seront celles d’une croissance exponentielle qui fascinera le monde entier, au point de faire du Japon un modèle absolu de réussite économique.
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