Notes de Prod. : Le Petit Nicolas

    en DVD le 02 Février 2010

Rencontre avec Laurent Tirard, Scénariste et réalisateur du Petit Nicolas

Comment le projet est-il né ?
Les producteurs Marc Missonnier et Olivier Delbosc avaient dans l’idée d’adapter Le Petit Nicolas et pensaient que j’étais la bonne personne pour le faire. Ils m’ont contacté. Il ne s’agit donc pas d’un projet que je portais en moi. Il m’est cependant apparu comme une évidence. J’ai grandi avec Le Petit Nicolas. Je l’ai lu lorsque j’étais adolescent. Cette œuvre me correspond et me parle. J’ai immédiatement su à quoi ressemblerait le film.

Quels étaient vos liens avec Le Petit Nicolas ?
Avec son côté très universel dans lequel chacun peut se retrouver, il m’a renvoyé à ma propre enfance – même s’il ne s’agit pas des mêmes années. Il me faisait rire, mais avec une certaine nostalgie. J’aimais bien le second degré – un niveau pour les enfants, un niveau pour les plus grands. On y trouve aussi une certaine poésie. La scène où Nicolas décide de quitter la maison la nuit avec son baluchon m’a parlé – j’ai moi-même projeté de le faire ! J’ai même parcouru quelques mètres ! Par la suite, elle est devenue une référence pour moi, et lorsque j’étais en colère, je menaçais de partir avec ma valise, et je reprenais le discours du Petit Nicolas : « Je reviendrai un jour avec des tas d’argent et tout le monde sera bien embêté ! ». C’était une façon de me tourner en dérision tout en me rattachant à ce moment d’enfance.

Comment expliquez-vous que le tandem Goscinny-Sempé soit aussi universel ?
Il est difficile d’expliquer par des mots pourquoi une œuvre comme celle-là sonne aussi juste, comment Sempé et Goscinny ont su à ce point toucher une corde sensible. C’est le propre d’un artiste, car il est en connexion avec quelque chose de l’inconscient collectif. Ils ont su capter un parfum, une musique qui s’échappe du livre pour toucher le lecteur. C’est l’enfance, et chacun se reconnaît dans ce mélange d’ironie et de poésie, ce regard à la fois à hauteur d’enfant et à hauteur d’adulte. Quand Spielberg fait un film avec des enfants, il arrive à se mettre à leur hauteur. J’ai beaucoup regardé ses films pour essayer de comprendre comment il fait car il ne s’agit pas uniquement de mettre physiquement la caméra à hauteur d’enfant, mais de raconter à leur hauteur tout en étant adulte et en parlant aux adultes.

Au moment de la préparation, étiez-vous impressionné par cette matière assez
foisonnante ? Comment avez-vous procédé ?

Jusqu’ici, d’un point de vue artistique, je n’avais de comptes à rendre qu’à moi-même et aux producteurs tout en étant libre de faire le film que je voulais. Pour ce film, j’avais des comptes à rendre, une responsabilité artistique qui n’était pas toujours évidente. Au moment du coup de fil initial, j’ai ressenti une certaine peur par rapport au sujet. Mais si on a peur, on ne peut pas se lancer ! Il ne faut pas passer son temps à se demander ce que Sempé ou Goscinny penserait. Il faut avoir l’inconscience de se lancer ! Et espérer que le résultat plaise. Avec Grégoire Vigneron, mon coscénariste depuis toujours, nous nous sommes plongés dans l’œuvre et aussi dans la vie de René Goscinny.

Après avoir parlé avec Anne Goscinny, j’avais envie de comprendre ce qui venait de René Goscinny dans ce personnage qui lui était très personnel. Je savais que la clé de l’adaptation serait à la fois dans son œuvre et dans sa vie. J’ai donc essayé de comprendre le personnage de René Goscinny. C’était quelqu’un qui cherchait sa place dans la société, et il comptait la gagner à travers le rire. À l’époque où il était comptable, son plaisir était de penser qu’il était le grain de sable qui allait tout faire dérailler. Il avait un goût certain pour le désordre et a réalisé que le rire pouvait être à la fois une défense dans une société où on ne se sent pas à sa place et le moyen de s’y insérer. Ce sont des choses que j’ai lues entre les lignes de ses biographies et qui me parlaient. Le petit garçon qui cherche sa place dans la société est donc devenu l’axe sur lequel construire toute l’histoire. Dans la première scène, on demande à Nicolas ce qu’il veut faire plus tard et il l’ignore. À la fin, il saura. À partir de cet axe, nous avons parcouru l’œuvre, nous l’avons disséquée histoire par histoire, situation par situation, réplique par réplique. C’est une approche que nous avions déjà eue pour Molière, mon film précédent. Nous nous sommes rendu compte que nous disposions d’une matière suffisante pour douze heures de film !
Nous avons donc dû faire des choix et ne pas hésiter à supprimer des situations, même si elles nous plaisaient beaucoup, pour garder la cohérence de l’histoire que nous souhaitions raconter. Nous en avons quand même conservé quelques-unes, comme la visite du ministre qui n’est pas essentielle à l’histoire mais est importante pour le personnage de Clotaire. Nous avons travaillé pendant plusieurs mois à disséquer l’œuvre, constituant l’histoire de façon fluide et cohérente, jusqu’à un premier scénario. Dans un deuxième temps, Alain Chabat est intervenu. Je le lui avais demandé car à l’époque, il était question qu’il joue le rôle du père et, psychologiquement, nous avions besoin de sa bénédiction. Pour Anne Goscinny – et nous aussi – il est sans doute le plus proche héritier spirituel de René Goscinny. Anne considère qu’Astérix et Cléopâtre est vraiment dans l’esprit de son père. Nous avions besoin qu’Alain lise le scénario, l’approuve et vienne y mettre sa patte – dans les dialogues, les situations, les petites idées.

Nous parlions tout à l’heure de double niveau de lecture, un pour les enfants et un pour les adultes. Comment avez-vous traité cet aspect ?
J’aime beaucoup le double niveau de lecture inhérent à l’œuvre originale. Dans les films hollywoodiens des années 30 à 50, pour contourner la censure, les scénaristes n’avaient pas d’autre choix que de faire dire l’essentiel en sous-texte. Avec le recul, en revoyant ces films, on s’aperçoit souvent du vrai sens de répliques qui semblaient propres et lisses. J’adore cette double lecture. La censure a engendré cette écriture. Ce n’est pas du tout le cas avec Le Petit Nicolas, les personnages y sont toujours très propres sur eux. Mais on sent leurs failles, leurs frustrations, leurs malaises. Quand on raconte Le Petit Nicolas à un enfant, il ne percevra pas tout ce qu’un adulte y découvrira. Cela témoigne de la richesse et de l’intelligence de l’œuvre.

Comment avez-vous donné vie aux personnages ?
Habituellement, je n’écris pas pour des acteurs. J’écris en pensant à des personnages. Dans ce cas précis, la mère de Nicolas nous donnait du mal avec son côté un peu trop lisse. C’est une maman qui aime son enfant, qui fait à manger, gronde le père quand il salit le canapé du salon et parfois, fait brûler le rôti, et se dispute avec le père justement parce que le rôti est brûlé ! Autant on pouvait rendre le père plus complexe en jouant sur son ambition sociale ou son rapport au patron, autant c’était difficile pour la mère. Nous devions pourtant à tout prix éviter qu’elle ne soit fade au final. Un jour, j’ai demandé à Grégoire d’imaginer qu’elle serait incarnée par Valérie Lemercier. C’est ainsi qu’elle nous a aidés à la créer. Avec la petite folie que la personnalité de Valérie lui insufflait, on sentait soudain chez ce personnage de mère de famille une vraie frustration. Femme au foyer dans les années 50/60, elle aussi a ses propres rêves – apprendre à conduire, se cultiver, s’émanciper.

Certains personnages sont absents, d’autres plus importants dans le film que dans les histoires. Comment avez-vous défini ces choix ?
Tous les personnages ne pouvaient pas figurer dans le film et là encore, nous avons dû trancher – ce qui ne fut pas toujours facile. La maîtresse est un personnage clé de l’œuvre car énormément de scènes se passent à l’école et la salle de classe est un lieu très important. Nous devions aussi garder Le Bouillon à cause de son nom et parce qu’il existe clairement en une phrase. La grand-mère est un personnage très drôle mais nous n’avions pas assez de place pour la faire exister. Nous avons donc conservé les personnages que nous pouvions faire exister dans le cadre de la double histoire que nous nous étions fixée – la peur de l’abandon de Nicolas et le dîner avec le patron pour l’ambition sociale des parents.

Le Petit Nicolas a été créé dans les années 50. Comment avez-vous mis en valeur le côté universel et complètement intemporel ?
Dater Le Petit Nicolas est impossible ! Il a été créé dans les années 50 mais les enfants le lisent encore aujourd’hui. Paradoxalement, nous avons été frappés par le fait que, même dans les années 50, le monde décrit dans Le Petit Nicolas n’existait pas ! Aujourd’hui, en le lisant, on se dit que « c’était bien à cette époque ». Mais quand on le lit vraiment, il n’est jamais question de chômage, de criminalité, les parents ne divorcent pas, la société est stable et tout y est à sa place. C’est une société idéale. On n’est donc pas dans la réalité, ni celle des années 50 ni celle d’aujourd’hui. Nous sommes dans un conte. Partant du principe que Le Petit Nicolas est un conte, il fallait le situer dans le passé, dans un monde qui n’existe pas. Pour les enfants d’aujourd’hui, ce conte pourrait se dérouler aussi bien au Moyen Age que dans l’espace. Nous avions ainsi une certaine liberté pour le situer aux alentours de 1958, date de création de Mon Oncle de Jacques Tati – une des références du film – et date proche aussi de la création du Petit Nicolas. Mais si une voiture date de 1961, ce n’est pas important. Ce qui compte, c’est le parfum du passé, une réalité née de l’imaginaire collectif et de l’image d’une certaine France des Trente Glorieuses.

Comment avez-vous choisi vos interprètes ?
Le premier enjeu était bien évidemment le choix des enfants. Le Petit Nicolas
est avant tout une histoire d’enfants Nous avons donc procédé à un casting très important et vu énormément d’enfants dont beaucoup n’avaient encore jamais fait de cinéma. Ils étaient d’ailleurs les plus intéressants et je me suis rendu compte qu’un enfant est très vite « corrompu », en tout cas il comprend très vite les choses. Sur le tournage, il était sidérant de voir à quel point, au bout de trois jours, les enfants demandaient eux-mêmes un raccord coiffure ou maquillage ! Ils savent parfaitement attendrir les adultes et certains d’entre eux arrivaient pour le casting en déployant des sommets dans l’art de la séduction et de la pose ! Dès lors, toute fraîcheur et toute innocence étaient perdues. Mais globalement, le choix des principaux enfants n’a pas été difficile. Par contre, j’avais peur de savoir s’ils seraient capables de jouer devant une caméra car j’avais choisi « une bouille », une personnalité, en faisant le pari qu’ils seraient réellement à l’aise sur un plateau. Je n’avais jamais tourné avec des enfants et tout cela était pour moi terra incognita. Au final, je les trouve incroyables ! Ce sont des acteurs.

La ressemblance physique de Maxime Godart avec le personnage était troublante. Sa détermination à être acteur également ! A neuf ans, il a une vision très claire de la place qu’il veut avoir dans la société, de ce qu’il veut faire de sa vie. Avec sa personnalité extravertie, je pensais qu’il n’aurait pas peur devant la caméra. Or, il s’est produit l’inverse. Le premier jour, lorsqu’un énorme bras de grue avec une caméra s’est approché de lui pour un premier tour de manivelle, il était pétrifié ! Chez Maxime, plus encore que chez les autres enfants, l’envie et le plaisir de jouer étaient formidables. Jamais il n’a donné le moindre signe de fatigue ni manifesté le besoin d’arrêter.

Nous avons écrit le personnage de la mère pour Valérie Lemercier, avec l’angoisse qu’elle puisse refuser. D’ailleurs, quand je l’ai contactée, elle sortait du très long tournage d’Agathe Cléry et n’avait pas vraiment envie de tourner. Il a fallu la convaincre. Je lui ai sincèrement expliqué pourquoi sa participation était essentielle
pour moi.
J’avais été impressionné par Kad Merad dans Je Vais Bien, Ne T’en Fais Pas où il incarnait parfaitement un « type normal » ! Le succès de Bienvenue Chez Les Cht’tis l’a confirmé, une majorité de spectateurs se reconnaît en lui. C’est ce qu’il fallait pour le père de Nicolas. C’est un cadre moyen qui va à son travail tous les matins, qui a un peu peur de son patron et qui rêve d’une augmentation. Avec Kad, j’ai beaucoup parlé de ma référence pour son personnage : Jean-Pierre, le mari de Ma Sorcière Bien-aimée. Personnage un peu veule, ambitieux aussi mais qui se fait toujours dominer par sa femme. En même temps, il fallait lui apporter une fantaisie et une vraie tendresse. En travaillant avec Grégoire, nous nous sommes souvent dit que la mère avait deux enfants à la maison : le Petit Nicolas et son père ! Kad était parfait parce qu’il a encore beaucoup d’enfance en lui.

La maîtresse est comme une deuxième maman pour les enfants. Elle devait donc être très douce et je la voyais comme une grande émotive. Elle est souvent dépassée, par les enfants qu’elle adore et vis-à-vis desquels elle doit pourtant faire preuve d’autorité, et par le directeur de l’école. Sandrine Kiberlain, avec ses grands yeux bleus, dégage cette douceur. Elle a l’art de faire passer ses émotions très subtilement, juste par un regard ou une façon de bouger. Elle est l’actrice qu’il me fallait pour le genre de comédie que je souhaitais réaliser.

J’avais été impressionné par François-xavier Demaison sur scène et j’avais envie de travailler avec lui. A l’instinct, je sentais qu’avec lui Le Bouillon fonctionnerait bien. Il a, du Bouillon, le côté un peu rond, mais il peut aussi jouer l’autorité. Des acteurs comme Daniel Prévost, Michel Galabru, Anémone ou Michel Duchaussoy ont nourri le cinéma que je regardais étant enfant, et j’avais envie de travailler avec eux sur le film. Avec ces comédiens, au-delà de leur talent et de ce qu’ils apportent, je redevenais enfant.

Autre gageure, c’est aussi un film en costumes...
Effectivement, mais ce n’est pas le premier pour moi. La démarche était cependant différente de celle de Molière, un film théâtral où tous les comédiens tendaient à faire oublier cet aspect théâtral. A l’inverse, dans Le Petit Nicolas tout devait contribuer à la dimension irréaliste du projet. C’est un film qui avoue ouvertement ne pas être dans la réalité. Nous sommes dans un conte. Les décors, le cadre, les costumes, le son, racontent une histoire très fabriquée. D’où la volonté de tourner en studio, d’avoir une maison qui sente le studio, un film qui ressemble à ces films hollywoodiens des années 50. Dans Un Américain à Paris, on sait que l’on est dans un studio à Hollywood et non à Paris, mais cela participe au charme du film. Si j’en avais eu les moyens, j’aurais reconstitué toutes les rues en studio. Nous avons cherché à créer un monde imaginaire, factice, totalement idéalisé, avec le parfum d’un passé, celui de notre enfance.

Comment approchez-vous un tel projet ? Comment définissez-vous vos priorités ?
Le Petit Nicolas est un projet où la force, la minutie et la précision du dessin de Sempé doivent absolument être une source d’inspiration visuelle. Il n’était pas question de le calquer littéralement mais de nous efforcer de faire un film soigné, stylisé, élégant, qui retrouverait l’esprit de son trait. Il nous fallait aussi reproduire la musique de l’écriture de Goscinny, cette poésie qui passe dans la façon de parler de Nicolas, avec ces phrases sans ponctuation. Décor, cadre, costumes, mise en scène devaient donc être très contrôlés. Situé dans les années 50, le film devait aussi avoir le parfum des films de l’époque que j’ai beaucoup regardés. J’ai beaucoup étudié comment les cinéastes racontaient les histoires à hauteur d’enfant – Spielberg, mais aussi La Guerre Des Boutons, ou Les Quatre Cent Coups. Mais contrairement au film de Truffaut, notre
propos n’était pas de capturer l’énergie vive des enfants. J’avais une idée assez précise du jeu qui était cohérent pour le film. Il fallait des répliques très droites et très dynamiques. On n’est pas dans la réalité donc les dialogues du film sont très écrits et la façon de les dire très travaillée. Un travail qui ne doit pas se sentir et nécessite donc beaucoup de répétitions avec les enfants sur la diction, l’articulation, le rythme. Je ne comptais pas beaucoup sur leur spontanéité mais plutôt sur leur fraîcheur. Même si nous n’avons rien storyboardé parce que je trouve que cela fige trop les choses, tous les cadres et tous les plans ont fait l’objet d’une discussion très en amont. C’est un travail beaucoup plus minutieux qu’habituellement mais qui doit cependant laisser entrer la vie. Il doit être strict et rigoureux tout en laissant une porte ouverte.

Comment avez-vous créé l’univers visuel du film ?
Certains décors étaient évidents, comme l’école, la salle de classe, la cour et l’intérieur de la maison. Nous savions qu’une part importante de l’esprit du film viendrait de là. Il ne s’agissait pas de reproduire le trait de Sempé mais d’aller vers l’esprit de l’œuvre. Le littéral nous aurait coûté notre âme. Il fallait que ce soit minimaliste mais sans perdre le détail ; le spectateur devait pouvoir sentir que tout était à sa place mais sans être distrait par autre chose que ce que nous souhaitions lui montrer. Là encore, Tati m’a beaucoup inspiré. Il a le sens du détail, mais il ne montre que le détail nécessaire pour faire exister le décor. J’aime aussi la mise en scène de Wes Anderson, ces cadres très fixes où tout est pourtant raconté. Il était important pour moi de faire vivre l’histoire dans la composition de l’image et dans le décor. Bizarrement, les décors du film me font davantage penser à des photos que mes parents m’ont montrées de leur propre enfance, ou en tout cas à une période que je n’ai pas vraiment vécue.

La présence de nombreux enfants sur le plateau a-t-elle compliqué les choses ?
La première scène est celle de la photo de classe : les adultes, confrontés aux enfants qu’ils prétendent pouvoir contrôler, sont en fait totalement dépassés et piétinés. C’est exactement ce qui s’est passé sur ce tournage ! Les enfants nous ont rendus fous ! Tous les jours, tout commençait bien le matin puis, au fur et à mesure qu’avançait la journée, les choses dérapaient ! Nous nous arrachions les cheveux pour tenter de garder une ambiance studieuse mais c’était peine perdue ! Chaque soir, on sortait épuisé et chaque lendemain matin, nous étions malgré tout très contents de les revoir. Mais c’est dans la nature des enfants... Quand quelqu’un me demande à quoi ressemble le fait de travailler avec les enfants – huit en l’occurrence – je réponds qu’il suffit d’imaginer que l’on est un parent célibataire avec huit enfants à élever, un jour de départ en vacances ! Mais ils sont formidables, et l’analogie que je fais avec l’idée d’un père célibataire n’est pas due au hasard. Ils étaient mes enfants et je les adore !

Comment les jeunes acteurs ont-ils fonctionné avec les plus grands ?
Tout s’est très bien passé pour les uns comme pour les autres. Au départ, les enfants sont forcément un peu impressionnés mais ils perdent très vite toute inhibition. Les adultes, de leur côté, se sont très vite aperçus que les enfants jouaient très bien leur rôle. Globalement, la direction d’acteurs était homogène et je parlais avec les enfants comme avec les plus grands. Nous n’étions pas dans le cas où l’on fait venir un enfant sur un tournage, en essayant de préserver sa spontanéité, en lui cachant la caméra. Là nous avions affaire à de jeunes comédiens dans une troupe.

Certaines scènes ont-elles dégagé une émotion particulière ?
Sur ce film, beaucoup plus que sur les deux précédents, j’ai été frappé de voir à quel point certaines scènes tournées correspondaient exactement à ce que j’avais imaginé. Sur ce film, j’ai été stupéfait d’avoir devant moi exactement les images que j’avais à l’esprit en écrivant le scénario. C’est un sentiment assez étrange.

Le lien du film à l’enfance, crée-t-il chez vous un affect particulier ?
Pendant le tournage, je suis dans la scène. Je sais quel en est le sens, comment elle s’inscrit dans le film, et j’en ai une approche technique. Mais pendant que mon conscient est occupé à gérer les aspects techniques de la scène, mon inconscient diffuse énormément de choses ! Comme pour les deux précédents films, lorsque je vois le film terminé aujourd’hui, je suis sidéré d’y retrouver ma marque partout, encore plus que je ne le pensais. Au départ, je pensais adapter Le Petit Nicolas et au final, c’est incontestablement Le Petit Nicolas, incontestablement René Goscinny mais, curieusement, c’est aussi moi !

En tant que metteur en scène, ce film vous a-t-il appris quelque chose sur vous-même ?
Ce film m’a donné l’occasion de voir que je sais travailler avec les enfants – que j’y arrive, en tout cas que je peux y survivre et que j’y prends un réel plaisir. Avec eux, jamais de problème d’ego ou de pouvoir. Si un enfant n’arrive pas à jouer une scène, ce n’est pas parce qu’il se pose des questions sur la motivation du personnage ou remet en question votre autorité de metteur en scène. C’est qu’il n’y arrive pas et qu’il faut trouver le truc, l’astuce, pour le débloquer. S’ils ne sont pas concentrés, c’est parce qu’ils sont des enfants et que l’on ne peut pas leur demander de le rester pendant six heures d’affilée.

Avez-vous une scène préférée qui vous touche particulièrement ?
Curieusement, une scène me plaisait beaucoup depuis l’écriture. Je l’apprécie parce qu’elle est sans dialogue. Elle est inspirée d’une minuscule phrase dans Le Petit Nicolas où il dit qu’il était triste, que son père a fait des grimaces et qu’il n’a pas pu continuer à faire la tête. Je l’ai tout de suite repérée en me disant qu’elle devait faire l’objet d’une scène, importante pour le film et pour moi. Sans doute parce que j’ai écrit beaucoup de dialogues, lorsque j’arrive à écrire une scène sans dialogue, j’ai un sentiment d’accomplissement. Sans pouvoir l’expliquer, cette scène me touche profondément. Elle trouve certainement un écho dans ma propre enfance, dans mes rapports à mon père, et sans doute aussi à mon fils.

De quoi êtes-vous le plus heureux sur cette expérience ?
Il y a beaucoup de points positifs. A titre personnel, j’ai l’impression que pour moi, raconter devient de plus en plus simple. Je ne sais pas si c’est parce que je sais mieux ce que je veux ou que j’ai de moins en moins de mal à l’obtenir, mais je suis plus serein. J’ai l’impression d’être plus en phase entre ce que je ressens et ce que je fais. Je me pose moins de questions, j’ai moins d’angoisses, ce qui ne veut pas dire que les deux précédents films aient été une souffrance, mais j’ai l’impression que je simplifie au bon sens du terme. J’ai par exemple moins besoin de faire des plans pour me rassurer. Je tends vers l’épure.

Que pensez-vous offrir au public avec votre film ?
J’espère un retour en enfance, une bouffée d’enfance. Quelle que soit l’époque à laquelle on a grandi, j’espère que chacun aura l’impression de replonger dans sa propre enfance et d’y retrouver l’innocence, la naïveté et l’enthousiasme. Le film permettra peut-être aussi à des gens de générations différentes de parler ensemble de leur enfance. Un grand-père peut aller voir le film avec son petit-fils et ressentir la même chose que lui !

Notre critique du Petit Nicolas

Le « chouette » Petit Nicolas

Qui n’a jamais rêvé de voir Le Petit Nicolas se matérialiser en un petit garçon (pull rouge et socquettes bleues compris) et imaginé devenir son meilleur ami. Un désir qui tire son origine des dessins de Sempé et de l’imagination de Goscinny qui ont fait la joie de notre enfance. Il faut bien avouer que pour les enfants que nous sommes, adapter les aventures de notre héros « très chouette » est un fantasme devenu réalité.

Qui veut jouer le Petit Nicolas et ses amis ?

Le 16 Juin 2009 - Renan Luce signera la BO du film Le Petit Nicolas

L'artiste breton Renan Luce signera le générique musical de fin du film Le Petit Nicolas dont la sortie est prévue le 30 septembre prochain révèle Relax News. Sa chanson On n'est pas à une bêtise près a été composée pour l'occasion.

Rencontre avec Jean-Jacques Sempé, Créateur et dessinateur du « Petit Nicolas »

Comment vous est venue l’idée du personnage du Petit Nicolas, et comment en avez-vous parlé à Goscinny ?
Un hebdomadaire belge, Le Moustique, qui je crois existe encore, m’avait demandé un dessin humoristique pour chacun de ses numéros. Un jour, on m’a demandé de donner un nom au petit garçon que je dessinais. Alors que je me rendais en autobus à un rendez-vous avec le directeur de cette publication, j’ai vu une publicité pour les vins Nicolas et j’ai décidé d’appeler mon personnage Nicolas. Le directeur m’a donné son accord et m’a demandé, non plus de faire un dessin par semaine, mais une bande dessinée. Je ne savais absolument pas le faire ! Connaissant René Goscinny, qui travaillait pour l’agence de presse à laquelle j’apportais mes dessins, je lui ai demandé de faire ce travail avec moi. Les choses ont marché ainsi pendant un certain temps, puis René Goscinny a quitté cette agence et nous avons tous deux arrêté. Nous avons repris avec l’idée qu’il écrive des contes que j’illustrerais.

Rencontre avec Anne Goscinny

Comment est né le projet d’adaptation ?
Dès leur parution, les livres ont connu à la fois un succès d’estime et une réussite éditoriale. Cette œuvre vivait sa vie, prescrite dans les écoles, et jouissait d’une vraie notoriété intellectuelle. Puis, en 2004, le premier volume des inédits a été vendu à six cent mille exemplaires. Ce premier volume comportait quatre-vingts histoires. Publier ce gros livre destiné aux enfants était une espèce de gageure. Et les jeunes lecteurs ont probablement été valorisés par le fait de tenir dans leurs petites mains ce gros livre qui leur était parfaitement accessible tout en amusant aussi leurs parents.

La naissance du Petit Nicolas

Le Petit Nicolas est né en 1959. Il fait ses débuts dans Sud-Ouest Dimanche et les premiers numéros de Pilote. Il est entouré de toute une bande de copains : Alceste, le gros qui mange tout le temps, Geoffroy qui a un père qui lui achète tout ce qu'il veut, Agnan, sur qui on ne peut pas taper parce qu'il porte des lunettes, Marie-Edwige, la seule fille, etc. Dans son univers il y a aussi des adultes : ses parents, sa maîtresse « qui est chouette », le Bouillon, le surveillant pas coton, et d'autres encore. Un peu maladroit, un peu chahuteur, mais avec un coeur gros comme ça, Nicolas dit dans le film pourquoi il ne sait pas encore ce qu'il fera plus tard : « c'est parce que ma vie, elle est chouette ». Cette année, en 2009, on fête le 50ème anniversaire de sa création, mais il reste le même bambin un peu turbulent et attachant.