Notes de Prod. : Yona, la légende de l'oiseau sans aile

    en DVD le 07 Juillet 2010

Entretien avec Rintaro, réalisateur de Yona, la légende de l'oiseau sans aile

Comment vous est venue l’idée de départ de Yona La Légende de l’Oiseau-sans-aile?

Au début, j’ai pensé à une petite fille qui déambule dans une ville vêtue d’un costume de pingouin. J’étais persuadé que c’était un bon début mais pour en faire un film, encore fallait-il que cette idée trouve sa place dans un monde de fantasy. Je voyais une fillette solitaire qui en pénétrant dans cet univers fantastique, s’entourerait petit à petit d’amis.


Vous avez choisi un auteur féminin parce que le personnage principal est une héroïne ?

Yona vit avec sa mère ; certaines particularités propres aux filles se devaient d’être exprimées dans cet univers familial exclusivement féminin. Je pensais effectivement que travailler avec une femme serait plus adapté, qu’elle apporterait ainsi sa propre sensibilité et sa propre expérience.


Le père de Yona est mort. Est-ce votre vision de la famille japonaise, avec un père toujours absent du foyer ?

Yona sort seule tous les soirs se promener dans la ville, ce qui n’est plus possible dans la réalité : une mère serait trop inquiète de laisser sa fille errer de la sorte de nos jours. Mais je me suis débarrassé de ces idées préconçues partant du principe que la mère faisait une confiance aveugle à sa fille. En outre, bien que décédé, son père est toujours aux côtés de Yona, l’accompagnant et la rassurant à chaque pas.


Est-ce la peur du noir qui vous a inspiré Bouca-Bouh, le méchant ?

La peur du noir m’a toujours habité. J’ai passé une bonne partie de mon enfance à jouer seul sans ressentir le besoin d’avoir des amis. Mon moment préféré dans la journée était la tombée de la nuit, dans les arrière-cours... quand une simple silhouette devient comme un fantôme qui s’approche de vous... J’avais peur mais le frisson que je ressentais me remplissait de bonheur ! C'est la dualité de ce sentiment qui s’est cristallisée dans le personnage de Bouca-Bouh.


Vous mettez en scène les Sept Sages, des divinités qui appartiennent à la culture japonaise, comme le Paradis et l’Enfer sont propres à la culture chrétienne. La religion est-elle importante pour vous ?

En fait, la religion ne fait pas partie intégrante de ma culture mais j’ai eu une vision de ces sept dieux sur un bateau parce qu’ils étaient représentés sur le premier temple que j’ai visité avec mon père : la résurgence d’un souvenir d’enfance en quelque sorte. En tant que japonais, je perçois le christianisme à travers des symboles. Par exemple, j’ai vu des anges sur des peintures occidentales, vous savez ces êtres avec des ailes dans le dos ?!!!.... J’ai été très intrigué par ces créatures, à tel point que je les ai incluses dans mon travail. Habituellement, mes films sont centrés sur la culture nipponne, mais cette fois, j’ai fait un amalgame qui sans doute conduit à quelque chose de plus “international“...


Une sorte de culture cocktail nippo-américano-européenne, alors ?

Je n’ai pas fait cela consciemment, car cette dualité existe déjà dans mon éducation ; je suis né en 1941, à l’époque où l’armée américaine occupait le Japon. On entendait du jazz à la radio, et nos grands-parents écoutaient le naniwa bushi traditionnel (ou rokyoku, sorte de récit chanté). Ma génération a été imprégnée naturellement par ce mélange de cultures, c’est normal que cela transparaisse dans mon œuvre. Quand j’ai créé la ville où vit Yona, j’ai imaginé une cité que vous ne verrez pas au Japon, dessinant une ville plus proche de celles que l’on trouve au Maroc ou en Sicile... Vous savez, ces villages construits à flanc de collines, ces labyrinthes de rues comme dans les casbahs magrébines. D’un autre côté, la place où se dresse la fontaine des Sept Sages est inspirée par les temples que j’ai pu voir quand j’étais enfant.


Le film se déroule principalement pendant la nuit. Vous êtes plutôt un “nocturne“ ?

Quand j’étais petit, nous avions l’habitude de rester dehors jusqu’à ce que nos parents rentrent. C’est ainsi que j’ai pu faire la différence entre les jeux de jour et les jeux nocturnes, ces derniers stimulant votre imagination d’une façon sans nulle autre pareille : quoi de plus excitant que marcher dans les ruelles sombres la nuit ? C’est pourquoi j’aime tant Paris, avec ces escaliers, ces rues étroites...


Votre film joue avec l’ombre et la lumière. Pourquoi ?

C’est une longue histoire ! Quand j’étais au lycée, mon père était très attiré par les films français et italiens. Je préférais bien sûr pour ma part les films de samouraïs mais il persistait à m’emmener voir ces films en noir et blanc, faits pour les grands et il me disait : “Les films sont faits d’ombre et de lumière“. Bien sûr, ces mots sont restés gravés dans ma mémoire et maintenant quand je fais des films, c’est forcément une affaire de yin et de yang, d’ombre et de lumière. Ces contraires existent intrinsèquement au fond de moi, je n’ai pas l’intention de me débarrasser de l’un ou de l’autre, au contraire je souhaite trouver le bon équilibre entre les deux.


Donc si on vous comprend bien, votre œuvre se nourrit de votre propre expérience ?

Tout-à-fait. Au début, c’est mon père qui m’a incité à regarder ces “films noirs“, puis j’y suis allé par moi-même, cherchant dans le film l’intérêt artistique de cette forme d’expression. Bien sûr, en premier lieu, c’est le talent du directeur de la photo qui construit les images avec l’ombre et la lumière. Mais, il y a aussi une autre raison qui tient plus à l’“Entertainment“, la tendance à aimer se faire peur. Je pense aux films de Hitchcock... inconsciemment j’ai beaucoup appris à travers son œuvre. J’ai beaucoup puisé dans tous ces mélanges et je retransmets ma propre interprétation dans le cinéma d’animation qui est le mien.